Des cendres renaît l’espoir. Après un incendie qui a touché le 7 février son principal bâtiment, un garage, Herbes Orford poursuivra ses activités. L’entreprise rouvrira sa pépinière et ses jardins au public lors d’un événement qui aura lieu le samedi 16 mai prochain.
On se souviendra que le sinistre avait fait rage alors qu’il faisait environ -25 degrés Celcius, ce qui avait grandement compliqué le travail des pompiers. En plus du service des incendies de Magog, ceux de Valcourt et d’Eastman étaient allés prêter main-forte. Soit environ une trentaine de pompiers.
Le garage a été complètement détruit. Et une partie du revêtement extérieur et de l’isolation de la résidence principale, attenante à ce bâtiment, avaient fondu sous la chaleur. Des fenêtres avaient aussi éclaté. Les pompiers ont toutefois pu sauvegarder la maison.

«Plus fort que le feu»
À la suite de cet incident, Audrey Mercier, sœur de la propriétaire Mélissa Mercier, avait lancé un appel à la solidarité par le biais de la plateforme GoFundMe. Sous le titre : «Plus fort que le feu : reconstruire Herbes Orford».
Mélissa Mercier confie que dans des moments de désespoir, elle a remis en question la suite des choses. «Ça fait 30 ans que j’habite ici. Le garage était au cœur de nos activités. Il servait pour les semis et pour la machinerie, dont de la machinerie spécialisée. Lorsque c’est arrivé, j’étais vraiment démolie. J’en ai fait des cauchemars», glisse-t-elle avec émotion.
L’importante mobilisation citoyenne et le soutien constant de sa famille lui ont permis de traverser cette épreuve.
«Le support de la communauté m’a tellement surprise. Autant les mots des gens que les 25 000 $ amassés. Ça été pour moi une tape dans le dos.»
Cette expérience lui a fait prendre conscience de l’impact qu’avait Herbes Orford pour la collectivité.
«Le retour a été tellement ahurissant. Je ne m’attendais pas à ça. Mon entreprise, c’est tout petit. Ça m’a permis de réaliser que mon «bébé» fait du bien aux gens. Ce qui était d’ailleurs mon objectif, lorsque j’ai démarré mon entreprise en 2012.»
Malgré elle, Mélissa Mercier récolte, d’une certaine façon, les fruits de sa propre générosité. Elle qui contribue depuis des années, «à mon niveau» souligne-t-elle, au centre de pédiatrie sociale le Tandem, qui dessert la communauté de Memphrémagog.

Le Canton d’Orford a contribué à redonner espoir
La propriétaire tient aussi à souligner l’assistance et l’appui de sa localité.
«La municipalité d’Orford a été exceptionnelle. Le personnel m’a supporté et offert des explications sur les démarches à suivre. Ils m’ont dit qu’ils voulaient que l’entreprise continue. Ces personnes ont vraiment été des facilitatrices et ça a contribué à me redonner espoir.»
Elle tient toutefois à pointer que le projet de reconstruction, accepté par le conseil municipal le 7 avril dernier, s’est fait dans les règles. «Il n’y a pas eu de passe-droit. Si je n’avais pas fait mes devoirs comme il faut, ils m’auraient dit non.»
Ajout d’un «puit canadien» au nouveau bâtiment
Les travaux de rénovation de la résidence vont bon train. Les fenêtres et le revêtement ont été changés. «Tout à est à 90 % finalisé», indique-t-elle.
Le cœur du projet, soit la reconstruction du garage, est aussi entamé. Mélissa Mercier veut en profiter pour rendre plus efficace la climatisation et le chauffage du bâtiment. Après avoir suivi une formation en construction écologique, elle a décidé d’ajouter un «puit canadien». Un ouvrage composé de tuyaux souterrains, enfouis sous la ligne de gel, pour récupérer une certaine chaleur.
«C’est comme un système de géothermie, mais à coût moindre», résume-t-elle. Elle explique : «Le sol, en bas de six pieds, est d’une température assez constante. L’idée, c’est de prendre l’air extérieur et de la faire passer à bas débit dans le sol pour que ça ressorte toujours entre huit à dix degrés. Donc l’été, ça ressemble à de la climatisation. Et l’hiver, ça aide à réchauffer.»
Elle estime que cet investissement devrait se rentabiliser en trois ans.

Objectif : terminer la construction à la fin août
Touche-à-tout, Mélissa Mercier dit vouloir s’impliquer dans chacune des étapes de la construction : charpenterie, joints, peinture, etc. Selon elle, si tout va bien, la construction devrait être terminée à la fin août.
Cette nouvelle bâtisse lui permettra, espère-t-elle, d’y concentrer l’ensemble des activités de son entreprise. Plutôt que d’opérer en partie dans sa résidence, ce qui était le cas auparavant. «C’est un des points positifs de cette aventure», partage-t-elle.
Le bâtiment brûlé était… une ancienne caserne de pompiers
Ironie du sort, ce garage était, jusqu’en 2002, l’ancienne caserne de pompiers du Canton d’Orford. Ce qui, malgré la douleur de l’événement, fait sourire Mélissa Mercier.
«À l’époque, j’avais fait des téléphones pour trouver une compagnie d’assurances. La dame m’avait demandé si la caserne de pompiers était à moins de deux kilomètres de chez moi. Je lui avais répondu : elle est à moins de deux mètres!»
«L’herboristerie est importante pour la prévention»
Qu’est-ce qui a poussé cette ex-employée du domaine bancaire à se lancer en affaires dans le domaine de l’herboristerie il y a presque une quinzaine d’années?
Elle raconte que c’est après avoir soigné sa fille avec des plantes médicinales, qu’elle a voulu en savoir davantage.
«Au départ, je ne connaissais rien à tout ça. Je m’y suis d’abord intéressé pour soigner mes proches. Et je me suis aperçu que ça pouvait servir à beaucoup de monde. Ma famille provient du domaine médical. Lorsque j’ai débuté avec les plantes médicinales, nous avons eu de bonnes discussions ensemble. Leur vision, c’est que l’herboristerie est importante pour la prévention. Selon moi, le milieu des produits naturels devrait travailler main dans la main avec les médecins.»
C’est ainsi qu’elle a commencé à étudier auprès du défunt institut de formation L’Herbothèque, démarré par l’herboriste Danièle Laberge.
Pour le volet horticole de ses jardins, elle a étudié la permaculture auprès de Stefan Sobkowiak, figure de proue dans le domaine au Québec.
«L’herboristerie prend soin de nous. Et avec la permaculture, on prend soin de la terre. C’est donnant-donnant. On ne peut pas faire un potager en mettant des produits chimiques et en ne respectant pas la terre. Surtout si on veut cultiver des plantes pour se soigner.»

La porte d’entrée : les fines herbes et les épices
Rapidement, son intérêt s’est porté vers les fines herbes et les épices. Qui sont véritablement devenus sa porte d’entrée de cet univers médicinal et sa marque de commerce. Elle vend d’ailleurs ce type de produits au Marché Locavore à Racine depuis maintenant une dizaine d’années.
«Quand j’ai commencé à suivre mon cours, je me demandais si je découvrirais des plantes bizarres. Mais non, on me parlait, entre autres, de basilic, de persil ou d’origan. Je me suis dit : coudonc, suis-je en train de suivre un cours avec Ricardo? J’ai compris que si on change le dosage, les épices de notre armoire peuvent devenir médicinales. Comme par exemple le curcuma, combiné avec du poivre, qui est anti-inflammatoire. Ou le romarin, qui est bon pour la mémoire. Parler aux gens de ces plantes à la fois culinaires et médicinales a été un facilitateur pour moi. Parce que tout le monde aime les épices.»

Une mission éducative
Bien qu’Herbes Orford ait démarré en 2012, c’est en 2016, lors de l’ouverture des jardins, que l’entreprise s’est davantage fait connaître. Ceux-ci sont au cœur de la mission éducative que se sont donnée Mélissa Mercier et son bras droit, Andréanne Duhamel.
«C’est important pour nous de faire découvrir aux gens les plantes médicinales. De démocratiser ce savoir et de le rendre accessible à tout le monde. Notre approche, c’est d’initier les gens. Pour qu’ils puissent sentir, goûter et retourner à la terre. L’idée, c’est que les gens se réapproprient leur santé en explorant et en se faisant confiance. Toujours avec des limites de sécurité.»
Elle n’a que de bons mots pour celle qui est à ses côtés depuis plusieurs années. «On dit que je suis une cartésienne créative et qu’Andréanne est plutôt une créative cartésienne. On se complète très bien, l’une et l’autre. J’ai le chapeau de propriétaire, mais pour la direction, nous sommes deux.»
À ce duo s’ajoutent, au cours de l’été, des bénévoles et stagiaires. Dont certains sont des étudiantes et étudiants du Centre de formation professionnelle de Coaticook (CRIFA), l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe ou encore du Jardin botanique de Montréal.

«Le Marché Locavore, c’est une grande famille»
Mélissa Mercier apprécie sa participation hebdomadaire au marché fermier de Racine.
«C’est le seul marché où je suis là à toutes les semaines. Le Marché Locavore, c’est une grande famille. Même lorsque la fatigue est présente, à la fin de la saison, nous sommes quand même contents de nous voir. Les bénévoles et les responsables du marché sont des gens passionnés. Ils traitent les marchands aux petits oignons. Personnellement, je trouve que c’est un des plus beaux au Québec.»
16 mai : «Remercier les gens de leur support»
Accueillir le public dans les jardins le samedi 16 mai prochain est pour elle un geste significatif.
«Après tout ce qui est arrivé, j’avais besoin d’un party. Pour fêter la décision que je prends de continuer. Et aussi pour remercier les gens de tout leur support.»
L’événement se déroule de 9 h 30 à 17 h. Entre 10 h et 12 h, la municipalité du Canton d’Orford organise un échange de végétaux entre les citoyens. À 11 h, Mélissa Mercier offrira une conférence gratuite sur les légumes vivaces rustiques du Québec. Et toute la journée, la pépinière est ouverte au public. Les visiteuses et visiteurs pourront également profiter de la présence de la mini-ferme les Élevages Pascapoils qui égayera petits et grands avec ses mini-chèvres, lapins angora, poules et autres animaux.

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